DISCUSSIONSCORANIQUES

Essai pour une comprhension moderne du Coran par le Coran, comprenant des approches sociales et scientifiques ainsi que des tudes de religions compares.

Prsent par le DR. ABOLFAZL KHOSHMANESH DR. Des sciences Coraniques et traditions islamiques.

INTRODUCTION

(/57-58)

Louange Allah qui fit descendre le Saint Coran sur nous et les meilleures salutations sur le dernier et le sceau des messagers Allah, Mohammad ibn Abdullah (pslf), par qui le Saint Coran a t mis notre disposition. Salutations sur les gens de sa Famille dont lamour et lobissance ont t dclars comme tant la seule rcompense demande pour la mission prophtique, selon les propos prcis du Saint Coran.

Depuis les premiers jours de sa descente jusqu aujourdhui, le Coran fut lobjet dune grande attention ainsi que de divers dbats et discussions.

Ces discussions ne peuvent pas prendre fin car chaque poque a ses propres caractristiques ainsi que sa propre vision porte sur le Coran. Il appartient chaque gnration den tirer lassignation approprie.

Il est vident que nous ne sommes pas autoriss prononcer des propos banals lendroit dune source aussi fondamentale que lest le Saint Coran. Les instructions ncessaires la comprhension dune source comme le Coran lui sont intrinsques et en constituent lunique chemin qui nous est montr par le coran lui-mme afin darriver cette comprhension appele : at-tadabbur, comme nous le pouvons le voir dans cette interrogation coranique frappante qui blme :

(/24 )

( Ne mditent-ils pas le coran ? Ou bien y a-t-il des verrous sur leurs curs ? )

Dansce verset le Coran nous enjoint de chercher comprendre le coran par le Coran mme.

Quantaux hadiths qui nous sont parvenus sous forme de rcit oral ou crit et qui sont les propos prononcs directement par lun des Imams infaillibles (pse), successeurs lgitimes du sceau des prophtes (pslf), nous avons le devoir de les confronter  la source fondamentale , c'est--dire au Saint Coran, de faon accepter tout ce qui convient au Saint Coran et rejeter tout ce qui nest pas en plein accord et en totale harmonie avec lui. Ceci selon un ordre venant de lun des  deux poids  c'est--dire dAhl ul-Bayt ; la Sainte Famille du Noble Prophte (pslf), que celui-ci a prsente comme tant lgale du Coran, dans le hadith de Thaqalayn, un hadith rput et repris dans les sources les plus anciennes et les plus fondamentales du chiisme aussi bien que du sunnisme :

( Je laisse parmi vous deux poids ; le livre de Dieu et ma famille : tant que vous vous y accrocherez vous ne vous garerez jamais aprs moi ).

Il est noter que le Coran reste lunique document islamique officiel dont lauthenticit est irrcusable. Il est la preuve confirmant la prophtie de Mohammad (pslf) et constitue son dfi () lanc officiellement au monde et toutes les gnrations. Quant au hadith, celui-ci est subordonn au Coran qui le valide et lauthentifie. Le hadith est donc au service du Coran sans prvaloir sur lui. En procdant de cette manire, le hadith valid et authentifi trouve sa noble place dans la foi islamique.

Lehadith intervient dans de nombreux cas tels que le commentaire des versets coraniques, afin den lucider le sens ambigu, den fixer les implications sur les dcrets de la Charia (furūul ahkām), dinformer sur le pass et le futur, etc.

Lalangue du Coran

Pourtre mesure de bien exploiter le Saint Coran, nous avons besoin de connatre les caractristiques de la langue par laquelle il fut rvl.

Leterme signifie la lecture par excellence. La majeure partie des aspects et des fonctions du Saint Coran reposent sur cette base : la lecture.

Lun de clbres commandements coraniques inaugurant lappel islamique universel est (Lis). Et lun des trois devoirs constituant la mission du dernier Messager Allah (pslf) est de lire le Coran :

(/2)

( Cest Lui qui a envoy parmi ceux qui ne savaient ni lire ni crire un prophte de parmi eux, leur rciter Ses versets, les purifier et leur enseigner le Livre et la sagesse, bien quauparavant ils taient dans un garement flagrant ).

Le dernier messager a rsum ces devoirs en deux lments fondateurs : soit la lecture du Coran et ladoration Allah

 (/ 91 92).

( Jai reu lordre dadorer le Seigneur de cette ville quIl a sanctifie, et tout Lui appartient. Jai reu lordre de faire partie des musulmans. Et de rciter le Coran ).

Mis part le devoir de lire le Coran en public, il fut galement charg de le lire en priv, lorsquil se trouvait seul afin de mieux sapprter recevoir  la parole pesante  de la rvlation coranique, et ainsi mieux pouvoir  accomplir sa mission prophtique :

  (/ 1-5).

( Ô toi, qui es envelopp dun manteau ! Tiens-toi dbout, la nuit, en prire. La moiti de la nuit, ou un peu moins ou davantage, et rcite continuellement le Coran, Nous allons te lancer une parole de grand poids ).

Cestgrce cette parole et cette lecture que la foi augmente :

... (/2 4).

( Les croyants sont ceux dont les curs sont remplis de crainte la mention Allah et dont la croyance augmente la rcitation de Ses versets. Ils sen remettent leur Seigneur Voil les croyants vritables. Des degrs leurs sont rservs auprs de leur Seigneur, un pardon et un gnreux don ).

Lessentiel de la lecture du Coran

La lecture du Coran est faite dans la langue originale de la rvlation. Allah appela cette langue mubine, c'est--dire la langue qui exprime  toutes les langues, tandis quelle nest exprime par aucune langue, selon le hadith parvenu de lImam Sdeq (psl) :((1))

Ds lors, une question principale se pose :

Pourquoi la langue originale du Coran possde cette capacit  alors que les autres langues en sont dpourvues ?

La rponse est claire : le Coran est lexpression directe de Celui qui a fait parler toute chose :

(/21)

Maisaussi de Celui qui a cr lhomme, lui a enseign le Coran et lart de sexprimer :

(/1-4)

( Le Misricordieux. Il a enseign le Coran. Il a cre lhomme. Il lui a appris sexprimer ).

La langue du Coran et la nature humaine

Ce nest pas par hasard si lon trouve ainsi enchane dans le verset susmentionn la succession des trois actions que sont lenseignement du Coran, la cration de lhomme et son apprentissage : ces trois actions suivent un seul plan. Le Coran, dans sa langue originale, est en pleine harmonie avec la nature et les caractristiques humaines. La langue, ce systme complexe, comme le linguiste Noam Chomsky la bien expliqu dans ses recherches((2)), est constitue de plusieurs lments tant phoniques que smantiques et a toutes ses racines dans la nature humaine. Le Saint Coran est une  langue  directement rvle par Celui qui a cre lhomme, lui a appris parler et sexprimer. Cest une langue complte et pure qui sadresse directement aux natures pures. Cette langue est le moule, le rcipient ainsi que lhabit de lexpression Allah, elle est la langue du dernier Messager Allah (pslf) et de son peuple ; car les messagers ne sont envoys quavec la langue de leur peuple afin de leur exposer aisment le message Allah Le Coran prcise que tous les hommes constituent la communaut de Mohammad. On trouve ces deux points clairement exposs dans les deux versets suivants :

(/4)

( Nous navons envoy de prophte quavec la langue de son peuple afin quil leur explique dune faon claire ).

(/158)

( Dis :  Hommes, je suis pour vous tous le prophte de Dieu. A Lui est le rgne des cieux et de la terre. Nul nest dieu que Lui. Il fait vivre et Il fait mourir. Croyez en Dieu et en Son envoy, le Prophte qui ne savait ni lire ni crire, qui croit en Dieu et en Ses paroles. Suivez-le, peut-tre serez-vous guids ).

Dautre part, le Saint Coran est une  langue  :

( 103)

( celle-ci est la langue arabe claire ).

Dpouiller le Coran de sa langue, cest le dpouiller de son essence et de son constituant essentiel.

Un point important ne pas ngliger est quen parlant de la langue du saint Coran, on ne doit pas faire allusion la langue arabe. La langue originale du Coran est celle qui a  arabis larabe . Larabe contemporain doit son existence au Saint Coran et non linverse. Cest le Coran, cette base solide, ce texte riche, qui a enrichi cette langue de rgles prcises, dune grammaire stable travers lhistoire qui et empch sa division et sa transformation progressive en des dizaines de dialectes, chacun tant soumis aux diffrentes   volutions et aux multiples vnements humains, sociaux, historiques, linguistiques, etc. Cest le cas aujourdhui de certains dialectes arabes qui ne sont pas ou trs peu compris par les arabophones nayant pas vcu dans leurs aires gographiques respectives.

Pour mieux claircir ce problme nous donnons un exemple :

On peut trouver aujourdhui des immigrants arabes provenant de divers pays arabes cohabitant dans un pays daccueil. Un bon nombre dentre eux sont incapables de communiquer avec les arabes originaires des pays autres que les leurs et ils sont parfois obligs dutiliser la langue nationale du pays daccueil tel que le franais, langlais ou autre afin de mieux communiquer.

Quest-ce que cest que la langue du Coran ?

Lorsque nous parlons de la langue du Coran, nous envisageons lensemble de ses 6236 versets, lis les uns aux autres par lunit du Livre divin qui les englobe, cette unit tant le portail qui souvre sur eux et ce qui porte les effets et les fonctions du Coran. La Sourate Al-Nisā mentionne cette unit englobante de la langue du Coran :

(/82 )

Enbref, nous parlons dune langue qui a toutes les qualits et capacits lui permettant d  exprimer toutes choses  :

- (/ 89)

Ltude des effets, des fonctions ainsi que des caractristiques de la langue du Coran ne peuvent pas se raliser dans le cadre dune introduction aussi sommaire que celle-ci. Cela exige sans aucun doute la rdaction dun livre indpendant dont nous ne ngligerons pas lopportunit si elle se prsente.

Notre mthode

Lesaint Coran tant un expos clair venant de la part du Crateur des langues et de lexpression, de lInstructeur des tres - dont lhomme ; il na point besoin dun  commentaire  ou dune  exgse . Il suffit de montrer les modes de relations existant entre les diffrentes parties du Coran (sourates, versets, mots) afin que chaque croyant puisse disposer de la capacit de dcouvrir les relations interdpendantes qui existent entre ces fragments et ainsi tre amen lart du tadabbur, tel que nous lavons indiqu. Cela est la mthode la plus correcte en mme temps que la plus ancienne et la plus enracine, car cest la mthode adopte par le prophte Mohammad (pslf) et suivie par les Imams successeurs (pse).

Nous ne voyons pas dans la traduction du Saint Coran un moyen adquat et efficient permettant dexprimer et de transmettre le contenu du message du Saint Coran. De ce fait, les phrases qui suivent normalement les versets coraniques ne constituent pas un quivalent en tant que tel. Celles-ci ne sont quune initiation au contenu ou un expos libre des notions rsidant au sein des versets. Lorsque nous donnons une citation en langue franaise avant un verset, ce verset ne sera alors pas suivi de lexpos mentionn plus haut. Aprs chaque groupe de versets tudier, on trouvera une  notion sommaire  se rapportant au contenu des versets. Enfin, celle-ci sera suivie par  lexpos . Nous prterons aussi attention la musique de la langue coranique elle-mme et la concordance existante entre le son et le sens, en tant que lune des spcificits de la langue du Coran.

Le Saint Coran tant la dernire version de la Religion, envoye de la part du Matre et Expditeur de toutes les versions prcdentes de la Religion, il est naturellement en troite relation avec les Ecritures passes, par plusieurs de ses notions, surtout avec les Deux Testaments. Bien que les Deux Testaments aient t crits aprs Mose et Jsus (pse), nous croyons quune grande partie des notions quils contiennent ont une origine prophtique tandis quune autre partie ne peut point tre attribue Allah ou un Prophte quel quil soit. Dans le but de mieux percevoir laspect mondial du message coranique, mais aussi en tenant compte de la prsence ventuelle de chrtiens ou de musulmans ex-chrtiens parmi nos lecteurs, nous citerons dans nos dbats certains versets bibliques qui sont en relations avec les versets coraniques dont nous aborderons ltude.

Bien que tous les versets et sourates coraniques aient une seule source, chaque sourate a des spcificits qui lui sont propres et qui la distinguent des autres sourates. Cest bien sr sur cet aspect que nous allons nous pencher avant daborder ltude de chaque sourate. Il est vident que ces spcificits ne signifient pas quil existe une divergence ou une contradiction entre les versets ou les sourates. Nous pouvons par exemple assimiler le Coran un jardin de fleurs : chaque fleur, malgr sa structure commune toutes les autres fleurs, prsente galement des spcificits de couleur et de parfum qui lui sont propres et qui la diffrencie des autres fleurs.

(1) (2)   (3)   (4) (5) (6)

Specificities

Il sagit de lune de cinq sourates qui commencent par le terme:    ; lordre dAllah adress Mohammad (pslf)((3)): Dis ! . La sourate est situe juste aprs une autre sourate ayant le mme commencement. Ces deux sourates forment un ensemble et sont nommes : / ) Les deux qui font chercher refuge auprs Allah).

Elle est la seule sourate coranique dont tous les versets se terminent par un mme mot : . Ce dernier produit en fin de chaque verset le son s qui est lune des lettres de chuchotement ( ) qui signalent et rappellent le silence ainsi que lavertissement dans diverses langues. Ce son est en plus rpt quelques fois dans le texte des versets mmes ; il est employ 10 fois en tout dans cette sourate de 6 versets.

NotionSommaire

Lasourate contient lordre Allah donn son dernier Messager Mohammad (pslf) de dire : Je cherche refuge auprs du Seigneur des hommes, le Roi des hommes, le Dieu des hommes, contre le mal du tentateur furtif, qui souffle dans les poitrines des hommes, que ce tentateur soit du nombre des djinns ou des humains.

Expos

Voici une proccupation humaine de toujours : Le refuge  ; un soucis n avec lui et qui laccompagne le long de toute son histoire.

Lhomme a trs bien senti ds son apparition sur la terre quil lui fallait un refuge ; un refuge contre les maux et rpondant ses besoins.

Lhomme a got lamertume de ces deux facteurs irritants et effrayants :  le mal et le besoin , il a commenc sa vie sur la terre avec une descente force et par loubli de lavertissement qui lavait frapp, aprs avoir joui de toutes sortes de bienfaits. Cest lhistoire qui nous est donne dans quelques sourates coraniques dont la sourate Tāhā :

(/119-117)

 Alors Nous dmes : Ô Adam !

Celui-ci (le Satan) est un ennemi pour toi et pour ton pouse.

Quil ne vous fasse pas sortir du jardin sinon tu seras malheureux.

Tu y jouis de la grce de ne pas avoir faim.

Tu ny aura pas non plus soif, ni ne souffriras des rayons du soleil montant .

Mais la tentation du Satan met fin ces jouissances et voici une nouvelle re qui commence sur la terre, dans la poussire, en attendant larrive de la guidance promise  :

(/38)

 Nous dmes :  Descendez dici, vous tous ! Toutes les fois que Je vous enverrai une guidance, ceux qui le suivront nauront rien craindre et ne seront point affligs .

Lhomme connat alors la descente et par consquent les malheurs et les menaces.

Au sein de la nature, il est touch par les besoins et environn par les dangers naturels, sans compter celui qui deviendra son ennemi de toujours ; un ennemi jurant par linvincibilit grandiose et majestueuse (point crucial de sa querelle avec Allah) de lgarer !

(/82)

...(/16-17).

Ainsi, le sentiment du besoin dun refuge, dun appui ou dun abri solide senracine dans le cur de lhomme ; ce sentiment laccompagne tout au long de son histoire et chaque instant lhomme a cherch et choisi un refuge.

Plus cette vie devient complexe, plus ces menaces et ces dangers varient et apparaissent comme tant inconnus.

Cest alors que le besoin dun refuge qui soit solide et sr se fait davantage sentir.

Si il suit la guidance promise, lhomme soriente vers le vrai refuge, sinon il ny aura pour lui que lgarement et les malheurs - quil a dores et dj gots au commencement. Il se tournera alors vers les faux refuges, les fausses rponses qui feront face un vrai besoin. Comme par exemple ce fait qui tait bien connu des les arabes de lpoque et que le Coran indique :

(/6)

 Et il y avait parmi les humains des hommes qui cherchaient refuge auprs des djinns mles, mais ceux-ci ne firent que les garer encore plus ! .

Ce fait persiste toujours en ces temps modernes et mme sous des formes modernes ! On peut voir aujourdhui des gens dpenser jusqu de grosses sommes dargent pour avoir accs des objets ou des phnomnes illusoires qui entretiennent le leurre de permettre un accs au monde surnaturel, croyant ainsi trouver un refuge. Lhomme est la recherche ne fut-ce que dune fuite minime hors de ce monde de la matire, fait de poussire, dont il sent trs bien les dfauts de par sa propre nature, comme il sent trs bien quil ne peut constituer un domicile ternel. Lhomme est en qute dune fuite vers un monde invisible dont le besoin jaillit chaque instant depuis son propre intrieur et jamais il ne pourra se dbarrasser de la soif quil a de ce nouveau monde.

La prsente sourate parle lhomme de ce souci majeur et ancien. Elle lui apprend chercher refuge auprs de lÊtre Suprme, qui est le Matre, le Roi et le Dieu des hommes.

Il sagit du refuge contre le mal auprs dun Être rassemblant en Lui trois qualits, trois noms.

Mais pourquoi citer ces trois noms ?

Lhomme ds sa naissance a tout dabord besoin dun  /Matre qui se charge de tout ses besoins. Plus il crot, plus il connat des besoins qui se rapportent aux notions de puissance et de souverainet et enfin de saintet et de divinit, sans que lon puisse considrer pour autant lexistence dune vritable sparation. Nous ne voulons pas dire ici quil sagit pour lhomme de trois tapes distinctes et conscutives : de celle comportant le besoin dun matre celle du besoin dune divinit.

Dun autre point de vue on peut remarquer lexistence dune division entre les humains : il sagit du fait que certains hommes sadressent Allah du fait de leurs propres besoins tandis que dautres ladorent cause de Sa puissance et de Sa grandeur, ou plus prcisment par crainte, et enfin dautres qui Le cherchent pour Sa saintet, Sa perfection et toutes Ses qualits.

Allah est Celui que lon atteint en mme temps par chacune de ces voies.

On peut galement analyser le souci ancestral de lhumain quest  le refuge  laide dune autre faon de voir qui est trs proche de cette dernire :

Lhomme, de nature, lorsquil est confront un mal ou un danger effrayant, cherche un refuge auprs dune force capable dliminer le danger en question. Celui que lhomme juge apte le protger, sera soit un matre qui veille ses affaires, auquel lhomme se rfre pour ses besoins, et qui constitue une source parfaite et indpendante laquelle il peut recourir, soit un tre puissant et fort qui peut le protger et le dfendre, et qui constitue galement une source parfaite et indpendante laquelle il peut recourir, soit un tre suprme, une divinit auprs de laquelle il se rfugie corps et me, constituant toujours une source parfaite et indpendante laquelle il peut recourir.  Allah est le Seigneur des hommes, le Roi des hommes ainsi que le Dieu des hommes. De mme quIl a runi ses trois noms dans le verset :

(/6)

 Tel est Allah, votre Seigneur ! A Lui appartient toute la Royaut. Point de divinit part Lui. Comment pouvez-vous vous dtourner de son culte ? .

Nous remarquons Allah a rvl dans cette sourate les trois noms de : Seigneur, Roi et Dieu.

Dans lordre, on peut observer que le Seigneur est celui qui est le plus proche de lhomme, partageant avec lui une amiti et une intimit particulires. Le Roi est pour sa part moins accessible mais dou dune domination plus efficace, effective et manifeste. Dieu enfin est Celui que lhomme cherche, dans un lan de puret, et avec une intention pure, et non pas du fait son caractre matrialiste !

On peut remarquer certaines rptitions dans les phrases de cette sourate :

Le terme   est rpt cinq reprises avec les trois termes de : , , , constituant les complments de noms :

   

En principe dans de pareils cas, le pronom remplace le nom, de plus, dans lexpression ordinaire, on utilise une conjonction copulative qui lie les groupes de complments. De cette manire, les trois complments coraniques se diraient ainsi :

 Seigneur des hommes, leur Roi et leur Dieu .

Or nous trouvons :

   

 Seigneur des hommes, Roi des hommes, Dieu des hommes .

La cause dun tel fait est que chacun des trois noms Allah rvl dans cette sourate est cit indpendamment et exprime un caractre, une impression, un degr mais aussi une fonction indpendante((4)).

Les trois noms

Lestrois noms Allah que nous trouvons dans le Coran, surtout dans  la premire sourate didactique du Coran - An-nās  ne figurent pas uniquement dans le Coran et leur citation et ne se limite pas ce Livre.

Ces termes ou plutt ces notions ont bien t cits dans dautres livres clestes dont  les Deux Testaments . Ainsi, nous trouvons le passage suivant - qui nest pas le seul dans ce cas - dans les Psaumes :

 Que tes uvres Te louent, Seigneur, et que Tes fidles Te bnissent.

Quils proclament la gloire de Ton rgne et nous redisent Tes exploits.

Quils fassent connatre aux hommes Ta vaillance, Ta gloire, et lhonneur de Ton rgne. Si Tu rgnes, Tu rgnes pour tous les sicles. Ta souverainet simpose dge en ge :

Le Seigneur est fidle en toutes Ses paroles. Il montre sa bont en toutes Ses uvres. Le Seigneur retient celui qui tombe, et redresse celui quon a courb ((5)).

Nous trouvons aussi dans le psaume 9, chapot par la locution de  Dieu refuge des opprims  ce qui suit :

 Voici que le Seigneur rgne et cest pour toujours, Son trne est l. Il va juger. Que le Seigneur soit lopprim son refuge, son lieu fort dans les temps de dtresse ((6)).

L mal dans la crature

Le refuge recherch lest contre le mal du tentateur furtif, celui qui souffle dans les poitrines des hommes, quil soit du nombre des djinns ou des hommes.

Voici un rappel au sujet de ces maux incessants et de ces pollutions qui rsonnent continuellement dans la poitrine de lhomme, la rsidence de son cur.

Les versets 5 et 6 expliquent et commentent le verset 4((7)) :

Le mal nest point cr par Allah Il est le bien absolu et de Lui ne vient que le bien. Dans Sa Cration, partir des relations entres les lments qui la constituent, le bien et le mal apparaissent dune manire relative. Certains faits et vnements peuvent tre bons pour certains et mauvais pour dautres, en fonction de lintention, du comportement et de la position que chacun aura vis vis du fait ou lvnement en question. Lexistence du tentateur et de ses tentations ne constituent pas un mal absolu. Si lhomme obit au tentateur, il sera perdu et le mal pourra mme dcouler de ses propres actes. Sil ne lui obit pas, il aura gagn son combat, la tentation aura caus son gain et sa promotion, autrement dit : sa perfection.

Dieu na point cr le mal, et le mal ne vient jamais de Lui. La question de lexistence du bien et du mal ainsi que celle de leur source, constitue depuis des sicles dardents dbats entre les philosophes qui, pour expliquer ces points ont men de nombreuses et trs longues discussions. La rponse prfrable est que le monde de la matire est un lieu de frottements et de heurts mutuels. Par exemple, le vent souffle et la fleur qui sy expose se brise et perd la vie. On ne peut ni sparer la fleur de sa nature    douce et dlicate, ni le vent de sa nature mouvemente et offensive. La fleur peut tre cre ou imagine avec la solidit du bois de chauffage afin dtre dune bonne rsistance face au vent, mais elle ne sera alors plus fleur.

Voici le cas dominant dans la nature, mais dans la vie humaine, laquelle cette sourate sadresse, ce problme prsente un aspect lgrement diffrent. Le problme du bien et du mal dans la vie humaine ainsi que de leur source ne sexplique pas aussi simplement que celui du frottement entre le vent et la fleur. Du point de vue coranique, cela est li la volont de lhomme, ses choix et ses actes. Tel que nous pouvons le voir dans la sourate An nisā :

(/79)

 Tout bien qui tatteint vient Allah et tout mal qui tatteint vient de toi-mme .

( /30)

 Tout malheur qui vous atteint est d ce que vos mains ont acquis. Et Allah pardonne cependant beaucoup de vos pchs .

Tous les bienfaits viennent de la part Allah Cest lhomme qui par ses propres choix les gaspille ou les transforme en mal et en malheur. Par exemple, si un pre envoie son enfant dans un autre pays en lui fournissant tous les moyens ncessaires ses tudes et au lieu de cela ce dernier consacre tous les moyens qui sont mis sa disposition ses dbauches et ses caprices ; ce ne sera certainement pas la faute du pre. Pour mieux saisir ce point, nous verrons que trois  maux  ont t cits dans la sourate suivante Al falaq. Nous remarquerons comment ces faits et ces phnomnes sont par principe des bienfaits.

Gnralit des notions coraniques

Dans les trois derniers versets de cette sourate et dans la notion de mal, il y a une grande gnralit :

Allah parle dun tentateur qui souffle dans les poitrines des hommes, sans le dterminer ou le dnommer par des termes tels que  Diable ,  Satan  ou  Dmon , etc

Puis la fin, Allah prsente une autre gnralit qui englobe davantage la question :

Il sagit donc dun tentateur qui peut tre du nombre des djinns autant que de celui des hommes.

Donner une  gnralit exhaustive  est lune des grandes spcificits de lnonciation coranique tant sur le plan de la mthode que de celui du genre.

Un connaisseur de cette nonciation spciale sait bien la ncessit dviter de limiter cette exhaustivit apparente. Ainsi, ce que nous trouvons dans certains commentaires et/ou dictionnaires qui citent des termes comme : Diable, Satan, Dmon en tant ququivalents au terme coranique qui nous intresse, nest pas pour autant conforme lintention du Coran. Il y a une sorte de double relation de gnralit et de particularit entre le terme arabe et les quivalences proposes, comme nous le voyons maintenant :

Le Diable, le Satan, le Dmon peuvent tre mais pas linverse.

Le terme vient de la racine qui veut dire : disparatre.

est un appel interne, une voix qui sentend au fond de la poitrine, qui invite vers le mal, vers la pollution, mais ds quil y a un rappel et une prise de conscience de la ngligence qui rend le cur vulnrable : cette voix se tait et lappel disparat.

Ds lors que la ngligence reprend le dessus, la tentation recommence.  Le verbe est au prsent, indiquant la permanence de cet affrontement, de cette bataille entre les forces du bien et celles du mal.

Par l, le devoir du fidle qui peroit ce souffle est de chasser la tentation en se rappelant Allah Comme Il nous lordonne :

(/152)

 Souvenez-vous de Moi, afin que Je Me souvienne de vous .

De plus, Allah nous dote encore dune autre arme pour ce combat perptuel :

(/201)

 Ceux qui ont pratiqu  taqua  lorsquune illusion du Satan tournant autour deux les touche, ils se souviennent Allah et les voil devenus clairvoyants ! .((8) )

A partir de la fin du Coran, la premire sourate qui contient la notion de est la sourate  Iqra . Cest au chapitre de cette sourate que nous dtaillerons le commentaire de .

La poitrine de lhomme

La poitrine est le sige du cur, le centre de la conscience humaine, qui fait que lhomme est Homme. Ce centre est un objet auquel Allah accorde une grande importance dans le Coran.

Nous trouvons la poitrine comme sige du cur dans certains versets dont le verset suivant :

(/46)

 Nont-ils pas parcouru la terre afin davoir des curs pour comprendre, ou des oreilles pour entendre. Ce ne sont pas les yeux qui deviennent aveugles mais les curs qui sont dans les poitrines .

Le cur physique nest pas le sige physique ou charnel de lme humaine, mais il a un lien significatif avec lme et la conscience humaine selon plusieurs versets coraniques tel que celui cit ci-dessus. Nous reportons les dtails de ce point plus tard, lors de ltude des versets concerns.

La valeur de

Ce que lon constate avant tout avec le terme , cest le fait quil atteste de la haute position et du rang lev du Prophte (pslf) qui mrite en premier lieu dtre linterlocuteur de la rvlation dAllah. Cest grce ce Prophte que le Coran est descendu et quil est devenu disponible pour lhumanit.

De la mme faon, la rvlation entire dbute par un verbe impratif, adress Mohammad seul (pslf) et nulle autre : .

Comme nous lavons dit, la sourate An-nās fait partie de la catgorie des sourates dbutant par le verbe .

Etant un verbe limpratif,   marque lordre divin adress au  messager pour accomplir une mission claire. Cest donc une dclaration adresse au monde qui nous enjoint de chercher refuge et protection en Allah Il sagit dune pratique relle et efficiente qui marque autant lindividu que la socit. Il ne sagit donc pas dune simple intention du fond du cur, dun chuchotement ou mme dun appel clandestin !



[1] Kulani Mohammad ibn i Yaghoube, ūl min al Kāfi,+Al Os tome 1, p.
[2] Voir : Centre Royaumont pour Une science de lHomme ; Thories de langage, Thories de lapprentissage, Le dbat entre  Jean Piaget et Noam Chomsky, Organis et recueilli par Piatelli-Palmarini ; p. 47, 199 , 209.
[3] Que les bndictions Allah soit sur lui ainsi que sur sa Famille.
[4] Voir Tabātbā, Al mizan, tome 20, pp. 396-397.
[5] Mdiaspaul, La Bible des communauts chrtiennes, Kinshasa-R.D.Congo,  1995, p. 1121 Psaume 145.
[6] Ibid. p. 1017
[7] Mthodologiquement, cela est un cas qui figure de nombreuses reprises dans les versets du Saint Coran ; ainsi, lorsque lon cherche la signification exacte dun verset, il faut parfois bien lire les versets qui le commentent et qui le suivent ou se trouvent dans son voisinage.
[8] Le terme est lun des mots-cls du Saint Coran. La plupart des traducteurs et des commentateurs du Coran ont traduit ce terme par des notions telles que craindre ou avoir de la pit. Or pour ces dernires notions il y a des quivalents prcis dans le Coran et il nest pas ncessaire Allah y consacre en plus le terme de .

Nous dirons en bref que ce terme vient de la racine de dont linfinitif signifie : prservation, sauvegarde.  On emploie parfois ce terme comme quivalent du bouclier qui accomplit la tche de prserver, de protger ou de sauvegarder.